L’Institut de la finance durable publie son rapport « Une France à +4°C : financer l’adaptation de l’économie au changement climatique »
Fondé sur plus de 80 auditions et le travail de plus 150 acteurs (entreprises, industriels, acteurs financiers, experts, pouvoirs publics) réunis au sein de l’IFD depuis 1 an, ce rapport dresse un état des lieux des leviers de financement de l’adaptation au changement climatique en France et formule des recommandations opérationnelles pour accélérer leur déploiement.
Face à un scénario de réchauffement pouvant atteindre +4°C en France d’ici 2100, l’adaptation constitue un impératif économique, financier et social. Chaque euro investi dans l’adaptation évite jusqu’à 10,5 € de dommages. L’adaptation représente également une opportunité de marché (estimée à 80 Mds$ de chiffre d’affaires en France en 2024), un enjeu de souveraineté industrielle et de résilience de l’ensemble de l’économie nationale. Les besoins d’investissement sont estimés à 10,6 Md€ par an jusqu’en 2050 (Commission européenne, 2026), pour 1,7 Md€ d’aides publiques mobilisées en 2025 : les conditions de mobilisation des financements privés constituent donc un enjeu central.
01. Ce que nous disent les auditions : des avancées prometteuses, des freins structurels à lever collectivement
Les travaux menés par l’IFD font émerger une réalité nuancée : des initiatives concrètes existent et se multiplient, mais se heurtent à des obstacles qui appellent une réponse coordonnée.
Entreprises non financières
Les grandes entreprises les plus avancées ont commencé à structurer des stratégies d’adaptation et à flécher des investissements dédiés, avec des approches différenciées selon les secteurs : adaptation des actifs physiques et des réseaux pour l’énergie et les transports, résilience des chaînes de valeur pour l’agroalimentaire, continuité d’activité pour les industriels multisites.
Pour autant, la majorité des entreprises n’a pas encore engagé de démarche structurée. Les principaux obstacles identifiés sont le manque d’outils de diagnostic accessibles, la difficulté à valoriser les investissements d’adaptation dans les budgets, et l’absence de référentiels communs pour évaluer la résilience des actifs.
Contrairement à la maitrise des émissions de gaz à effet de serre dont les bénéfices peuvent apparaître lointains et mondiaux, l’adaptation répond à des enjeux déjà matériels à court terme et locaux. L’adaptation peut être perçue comme un surcoût immédiat aux bénéfices lointains, alors que les conséquences de l’inaction (assurabilité, dégradation des actifs, fragilité des approvisionnements) sont déjà perceptibles.
Acteurs financiers
Banques, assureurs et gestionnaires d’actifs développent des premiers outils prometteurs (instruments de financement fléchés, produits assurantiels innovants, fonds thématiques, plateformes de prévention) qui illustrent la capacité de la Place de Paris à se positionner sur ce sujet.
Ces initiatives peinent néanmoins à atteindre l’échelle nécessaire, en l’absence de cartographies précises des risques, de données ESG robustes et comparables sur l’adaptation, de cadres harmonisés d’analyse des risques physiques et de projets suffisamment structurés pour déployer des volumes significatifs.
Le secteur assurantiel, en première ligne face à l’aggravation des sinistres, bénéficierait d’évolutions du cadre réglementaire pour améliorer les efforts de prévention déjà encadrés par le régime “Cat-Nat”.
02. Les recommandations de l’IFD : deux axes pour une mobilisation collective et coordonnée
Partager une vision commune des risques et des besoins de financement
Le premier frein au financement de l’adaptation n’est pas financier : c’est l’absence de visibilité partagée sur les risques et les priorités d’investissement. L’IFD appelle à un dialogue structuré et une planification coordonnée pour permettre à chaque acteur — État, territoires, entreprises, financeurs — de s’inscrire dans une trajectoire cohérente.
- Finaliser et publier la carte nationale des zones à risque en cours de développement par l’État afin de constituer une référence commune pour la planification territoriale et les stratégies de financement ;
- Évaluer et planifier les investissements territoire par territoire, sur la base d’analyses coût-bénéfice robustes pour fonder les dialogues entre acteurs publics et privés sur des données partagées ;
- Construire des référentiels communs d’analyse des risques climatiques physiques et des outils de valorisation de la résilience des actifs pour faciliter l’intégration de l’adaptation dans les décisions d’investissement ;
- Renforcer le Fonds Barnier en lui affectant l’intégralité du prélèvement issu de la surprime Cat-Nat et inscrire le « reconstruire mieux » dans les politiques post-sinistre.
Articuler financements publics et privés pour amplifier les capacités d’action
L’adaptation ne se financera pas uniquement sur fonds publics. Pour mobiliser le secteur privé, cela suppose de créer les conditions économiques et réglementaires qui rendent l’investissement dans l’adaptation accessible et attractif :
- Élargir l’éco-PTZ aux investissements d’adaptation pour les ménages et les agriculteurs et renforcer les dispositifs de garantie publique pour faciliter l’accès au financement ;
- Encourager l’aménagement fiscal des investissements d’adaptation des entreprises
- Développer les Paiements pour Services Environnementaux (PSE) comme levier de valorisation de la résilience ;
- Prévoir un renforcement, à terme, du système de commissionnement dans le cadre du régime “Cat-Nat” en s’appuyant sur un retour d’expérience des premiers contrats ;
- Soutenir au plan européen les solutions d’adaptation stratégique dont le développement industriel contribuerait à la souveraineté économique européenne ;
- Engager la dynamique d’une mobilisation collective de la Place de Paris sur la résilience climatique : dans la continuité des Fonds Objectif Climat et Biodiversité, étudier la possibilité du lancement d’un « Fonds Objectif Adaptation » piloté par la Caisse des Dépôts.